06 janvier 2009

Le concombre musqué

L'histoire du réveillon (SAC A FOUTRE !!) en appelle une autre, que nous appellerons l'Affaire du Concombre, en hommage à cet objet vaguement phallique que les ménagères de tous âges aiment à enfoncer dans l'échalotte pour passer les longues soirées d'hiver lorsque Drucker se fait rare.

Ma mission, si je l'acceptais, était de ramener du fromage au réveillon (ma contribution) et des légumes par centaines pour faire des amuse-gueules (celle de Blondasse). Ouais, parce que Blondasse étant au boulot et moi-même en vacances, il se trouve que l'injustice s'est portée sur moi.

Bon. Ca m'a obligé à me lever à une heure indue, genre 15h. Et à traverser les manifs anti-israéliennes pour aller chercher la bouffe. J'espère que vous voyez les efforts consentis par votre serviteur, et donc que vous saurez être indulgents le moment venu.

Je m'engage donc tout frétillant dans un leaderprice du coin, où j'achète huit kilos de fromage et des légumes à la pelle. Céleri (beurk), chou-fleur (beurk), carottes, radis et tomates-cerises.

Mais point de concombre. Le leaderprice est anti-concombre (et je ne l'en blâme pas, c'est aussi mon cas).

Comme Blondasse a été extrêmement claire sur ce dont elle avait besoin ("pas de concombre, pas d'échalotte"), je me décide malgré la foule à passer au Monoprix voisin et récupérer l'infâme objet. Je pousse tout le monde, je me faufile, je râle, je crache, je peste, je tombe sur le casier des concombres, j'en empoche deux et je me tape 30mn de queue.

Vous savez, cette malédiction qu'on peut avoir où la petite vieille devant nous a soudain réalisé que son billet de cinquante francs n'avait plus cours, ou bien que ses 19 pièces de 1 centime ne faisaient pas 20 centimes et que tant pis alors faut enlever un article pour avoir le compte rond (petite parenthèse d'indignation, on devrait interdire les magasins aux vieux aux heures de pointe, ils ont toute la journée pour y aller, merde quoi, est-ce qu'on va envahir leurs hospices, nous ? hein ? non.). Bon, ben moi je la subis de plein fouet à chaque course. Un don naturel.

Enfin libre, je sors du Monop' l'esprit libre et les concombres sous le bras, prêt à être félicité comme un héros des temps modernes par Blondasse qui m'attend devant la porte de chez elle. Bon, en fait elle m'a pas vraiment félicité, parce que ça faisait 20mn qu'elle attendait et que j'avais pris le seul jeu de clé, et qu'il faisait froid dehors, et que le portable ne captait pas dans le Monop', mais je suis sûr que sans ça elle aurait été de bonne humeur.

On rentre enfin, on s'installe dans la cuisine, aussi bras cassés l'un que l'autre pour faire la cuisine, on massacre respectivement les carottes et les celeris pour essayer d'en faire des bâtonnets, puis vient le moment de vérité: Blondasse s'empare du concombre.

Une lueur concupiscente apparaît dans mon oeil gauche, mais en fait elle se contente de le regarder, les sourcils froncés. C'est peut-être pas le bon diamètre, qu'est-ce que j'y connais, moi, en trucs verts et phalliques ?

Elle regarde, je regarde, elle regarde, je regarde, elle regarde, je regarde, elle parle.

"Euh, t'es sûr que c'est un concombre ?"

"Ben ouais, je pense, yavait marqué concombre sur le rayon, pourquoi ?"

"Ben parce que ça ressemble pas vraiment aux concombres que je connais"

"T'es sûre ?"

"Non"

"..."

"..."

"Si c'est pas un concombre, ce serait quoi ?"

"Je sais pas, peut-être une courgette ?"

"Ah ça ressemble à ça, une courgette ?"

"Ben c'est vert et phallique...."

"Oh."

On est restés là un moment, à regarder le concombre qui ressemblait à une courgette.

"Et on peut pas le couper en tranches comme prévu, et les gens verront pas la différence ? Je veux dire concombre ou courgette, de toute façon c'est mauvais, non ?"

Bon, Blondasse n'a pas apprécié mon sens pratique. A la place, elle a pris l'objet et l'a coupé en deux.

Et du coup on a eu deux morceaux de concombre qui ressemble à une courgette.

"Alors c'est quoi finalement ?" je demande.

"Ben je sais pas trop..."

"Ca t'a pas aidé de le couper en deux ?"

"Ben je sais pas trop..."

"On fait quoi alors ?"

Je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit mais Blondasse, c'est une fille bien. Quand elle a un devoir à faire, elle s'y attèle, même si ça peut paraître répugnant. Aussi, avec moultes précautions, elle a introduit le truc dans sa bouche pulpeuse et sensuelle. Et elle a mordu (aïe).

Je l'ai regardée faire avec curiosité (et une érection grandissante).

"Alors, c'est quoi finalement ?"

"Ben je sais pas trop (bis). Mais si tu m'as fait bouffer de la courgette crue avec tes conneries, je te préviens, je vais t'en vouloir".

 

Notre enquête était au point mort. Nous avions trituré l'objet dans tous les sens sans nous faire d'opinion claire. On m'aurait dit que c'était une betterave, je l'aurais cru (ça ressemble à quoi, une betterave à l'état sauvage, avant de se faire tuer par des chasseurs ?).

Du coup, j'ai fait la seule chose qu'il nous restait à tenter: j'ai pris le ticket de caisse.

Ca disait deux courgettes.

Oh.

...

 

 

Ainsi fut résolue l'énigme du concombre du réveillon.