01 septembre 2009
Rencontre du troisième âge
Je ne sais pas si vous connaissez cet excellent dessinateur appelé Monsieur Le Chien (j'en profite, je lui fais un peu de pub). Il a notamment fait une planche critiquant les moeurs de certaines personnes âgées, qui considèrent que tout leur est dû en raison de leur vieillesse, et que la politesse ne s'applique pas à eux.
Eh bien je viens d'en avoir une illustration frappante (et surréaliste) dans la queue de l'agence Orange du coin
(Petite parenthèse: ça fait un an que je me fais prélever 50€ par mois pour téléphone et internet pour mon ANCIEN appart sans que j'aie jamais eu le temps et l'énergie de résilier. Je pensais que ça serait un véritable parcours du combattant et en fait la vendeuse a cliqué sur deux pauvres boutons et me voilà désabonné, bordel de couille en boîte, si j'aurais su j'aurais venu plus tôt, fin de la parenthèse).
Je suis donc en train de patienter avec mes factures à la main en sautillant d'une jambe sur l'autre, quand la porte s'entrouvre sur un courant d'air automnal et une horrible vieille dame genre soixante-dix-ans-mais-mal-conservée avec une canne à la main et les lèvres entrouvertes sur des chicots jaunis. Et la litanie commence.
"Putain de bordel de merde de boutique de merde ! C'est mal indiqué et ya du monde et vous croyez que les gens se pousseraient ? Bordel mais c'est pas vrai, putain, c'est un bordel de bouge ici, et où est-ce que je vais pouvoir m'asseoir, hein ? Ya pas de sièges, vous croyez que les gens y auraient pensé ?"
Il y avait effectivement un siège, occupé par un client qui patientait comme moi, un cadre sup en costume impeccable, Neuilléen jusqu'au bout des ongles, qui se lève sans se départir de son sourire ultrabrite et lui tire la chaise en lui murmurant "gardons le sourire, madame, gardons le sourire".
Mais ce n'est pas suffisant pour notre harpie qui regarde le siège d'un air mauvais.
"Et vous croyez que je vais en faire quoi, vous voyez pas qu'il est trop haut, et comment je m'assois dessus ? Mais vous avez du jus de citron dans la tête, putain de bordel de merde, ou quoi ?"
Le client ne laisse pas glisser sa politesse et entreprend de lui baisser le siège, sous les regards soucieux des employés du magasin. Sans un merci ni un regard, la vieille s'asseoit et commence à laisser fuser toutes les minutes des commentaires acerbes sur la lenteur des gens et le fait que la France part à vau l'eau.
Arrive mon tour, la vieille essaie de me passer devant en me glapissant qu'elle est mal installée de toute façon et que je peux bien attendre plus longtemps qu'elle. Ce sur quoi je lui rétorque en gros que je lui pisse au cul.
En gros, ça voulait dire un truc du genre "madame, je vous aurais donné ma place avec plaisir si vous aviez fait montre d'un minimum de politesse mais là, ça ne me donne absolument pas envie de vous rendre service, donc patientez sur votre siège inconfortable jusqu'au jugement dernier".
(En fait c'était un peu moins lyrique que ça mais j'aime bien me mettre en valeur).
S'ensuit une salve de postillons comme quoi je suis une ordure, un pourri, que les jeunes n'ont plus aucune valeur et qu'elle ferait bien mieux de se retrouver au cimetière après tout où elle ne dérangera plus personne. Je hoche la tête avec sagesse pendant la résiliation de mon abonnement.
Puis l'autre guichet se libère et la voilà enfin en place.
"Ah ben c'est pas trop tôt ! Bon, dépêchons-nous, je voudrais avoir le bottin du Liechtenstein, j'y vais bientôt et je veux savoir si c'est un trou aussi paumé que je le crois ou s'il y a aussi des commerces et des trucs comme ça, alors maintenant que j'ai fait la queue à cause du gros con là (moi), ça serait bien que vous me le donniez rapidement avant que je m'énerve".
Le vendeur bouche-bée: "Euh, ici on est dans une boutique Orange"
"Vous êtes bien France Telecom aussi non ?"
"Ben oui"
"Alors passez-moi le bottin du Liechtenstein. Faut que je vous apprenne votre métier ou quoi ?"
"Mais on n'a pas de bottin ici"
"Ben alors je fais comment ?"
"Ben je sais pas trop en fait"
"Mais vous êtes complètement con ! Alors j'ai fait la queue pour rien ? Mais vous connaissez pas votre boulot ou quoi?"
"Ben en fait je vends des téléphones moi..."
"Ouais vous vendez des téléphones donc vous avez des bottins aussi !"
La conversation a tourné en boucle pendant dix minutes sous le regard hilare des autres, pendant que toutes les suggestions du vendeur de plus en plus désespéré se voyaient impitoyablement écartées.
"Essayez La Poste ?"
"Ils ont pas de bottin j'ai déjà demandé !"
"Essayez internet ?"
"C'est quoi internet ?"
"Essayez les renseignements téléphoniques ?"
"J'ai mal aux doigts, j'aime pas composer le numéro, et puis je comprends rien au téléphone, je préfère me déplacer"
"Essayez l'ambassade du Liechtenstein ?"
"Là vous êtes en train de vous foutre de ma gueule ?"
...
J'ai raté la fin de la discussion, mon dossier étant finalement résilié. Je n'aurai donc jamais l'épilogue.
Dommage.
16:49 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : r, e, s, p, c, t, find out what it means to me
27 août 2009
Tous les oiseaux du point du jour
Comme précisé par ici, j'ai récemment vendu mon appartement avec un talent et un brio qui m'étonnent toujours malgré le reflet flatteur de mon corps parfait dans le miroir.
Si, si.
Et du coup, Elle et moi avons pris nos cartons sous le bras pour trouver un nouveau nid douillet, dans un coin un peu plus populaire que Neuilly. C'est vrai, la verdure, les impasses privées, le bling-bling, le fric, on s'en lasse, c'est humain. Ca manque de Lidl et de chaleur humaine, ça pèche un peu niveau melting-pot, ça affiche trop de marques et de sacs à 5,000€ la lanière.
Alors forcément, on a regardé les annonces (en location, je fais partie des ceuss qui prophétisent un effondrement de l'immobilier dans les deux prochaines années) dans des quartiers comme Châtelet, Bastille, Nation, République ou Bourse.
Châtelet: 44m² tellement mal agencés (cuisine et salle de bains de 10m² chacune) que ça fait boîte à chaussures
Bastille: 40m² avec un espèce de panneau coulissant bizarre qui sépare les deux pièces, dont l'une est longue et fine. Et il paraît que les longues et fines, c'est mal.
Nation: 45m² mais en fait c'est déjà loué, désolé
République: 46m² dans une rue déprimante sans le moindre magasin en face d'une agence ANPE dans un immeuble en semi-démolition
Bourse: 50m² dans un état tellement déplorable que ça en ressemblerait presque à mon premier appartement lorsque je pensais encore que Cilit Bang était un nom de chewing-gum (alors que je sais désormais qu'il s'agit d'un super-héros au justaucorps rouge).
Après toutes ces visites, nous nous sommes assis sur le bord de la route et nous avons pleuré. Sans les mots bleus mais avec les fumées d'échappement. Et puis nous avons visité un nouvel appartement dans un autre quartier populaire, et nous avons eu un coup de coeur foudroyant.
...
...
C'est pourquoi, à partir du 15 septembre, nous allons désormais habiter directement SUR les Champs Elysées, dans un immeuble au calme sur cour.
En toute simplicité.
16:46 Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : fnac, vip room, virgin, milliardaire, boulangeries paul, ugc george v... et gloups !
16 août 2009
Reste à savoir si elle fait du vélo
Les grands-mères sont des sources d'amusement intarissables. Surtout quand, comme la mienne, elle est allemande et a 97 ans.
Mais attention, pas les 97 ans qu'on voit dans les maisons de retraite, avec le porridge qui dégouline lentement de la mâchoire figée pendant que la télévision reste irrémédiablement bloquée sur la chaîne nature & découverte et que les cartes de belote restent abandonnées en vrac dans un coin d'un secrétaire défoncé par la patine du temps et les excès des petits enfants.
Là, je vous parle d'une grand-mère qui a encore l'oeil vif et le poil soyeux. Elle marche encore bien avec sa canne, elle fait tous les jours des mots croisés, elle fait sa bouffe et vit seule dans sa maison sans autre aide qu'une femme de ménage. Elle se casse la gueule au moins une fois par semaine, pisse le sang de partout - et cicatrise. Ma grand-mère, c'est Stallone avec (un peu) moins de poils. Je suis incroyablement fier d'elle.
Et pourtant.
Et pourtant elle a aussi la désagréable habitude de dire exactement ce qu'elle pense, au moment où elle le pense, sans trop se soucier de la manière dont les gens vont le prendre. C'est assez amusant à regarder d'un oeil extérieur, mais un peu perturbant quand on est la cible de ses remarques insouciantes.
Quelques exemples:
A ma soeur: "Mais pourquoi tu veux te mettre à l'équitation ? Ca fait pas maigrir !"
A une ex que nous appellerons A pour les besoins de l'histoire: "A quoi ça sert de faire des études brillantes si c'est pour se retrouver lamentablement au chômage?"
A une ex que nous appellerons B pour les besoins de l'histoire: "Moi j'aimais bien A, elle était très intelligente. Mais toi tu es très gentille, c'est bien aussi".
...
Du coup, Elle attendait avec impatience de recevoir dans la gueule sa petite phrase. Elle a passé tout le voyage à se préparer au pire et se demander sur quoi le coup vache allait porter. Le physique ? La personnalité ? Le travail ? L'attitude ? Tout à la fois ?
Mais déception, il n'y a pas eu de massacre à la tronçonneuse. On a attendu, on a même un peu titillé, mais non. Grand-mère est restée douce comme un agneau.
Soit je suis tombé sur la bonne, soit Grand-mère se ramollit.
09 août 2009
Luc Besson n'a rien inventé
C'est dangereux de s'endormir au volant, je crois que tout le monde en est conscient. Mais jusque là, je pensais encore que dormir sur le siège passager ne provoquait pas d'autre risque qu'un léger torticolis au réveil - et de subir les goûts musicaux de sa partenaire en boucle.
Prenons hier, et le retour du fin fond du trou du cul des Vosges où Elle et moi avons passé une nuit (c'est vert, c'est beau, c'est humide, c'est vide). Cinq heures de bagnole, que nous avons réparties avec un sens de l'équité qui me surprend moi-même, 2h30 chacun. Comme la nuit précédente avait été plus ou moins blanche, nous étions crevés.
J'ai pris la première moitié, Elle a rabaissé son siège quasiment à l'horizontale, s'est endormie et s'est mise à ronflouiller comme une merde.
Bon.
2h30 se passent, je dois prendre de l'essence, on s'arrête, ça la réveille, on change de place et c'est à mon tour de m'endormir béatement pour quelques heures. J'ai confiance dans sa conduite, son sens du devoir, sa maîtrise de la route, sa prudence au volant, et je fais de beaux rêves.
Je n'aurais pas dû.
...
Au réveil, à deux pas de la maison, je la sens un peu stressée.
- Ca va, ça s'est bien passé ? Je lui demande, comme le mâle attentionné que je sais parfois être.
- Euh, ouais, pas trop mal.
- Pas d'ennui ?
- Non non, aucun...
- ...
- ...
- Bon en fait ya quand même eu un truc. A un moment, j'ai doublé une Golf 6 du 9-3 et ils l'ont mal pris. Du coup ils sont remonté à ma hauteur roue contre roue, ils ont ouvert la vitre et ils m'ont menacée. Alors forcément je leur ai fait un fuck et je ne sais pas pourquoi, ils l'ont mal pris aussi. Ils se sont rapprochés donc j'ai accéléré, et eux aussi, et finalement on s'est retrouvés à 190 sur l'A4. Ils m'ont coursé pare-choc contre pare-choc pendant un moment, j'ai réussi à me déporter, à freiner juste avant une courbe, ils m'ont dépassé pour essayer de se rabattre devant moi - et c'est à ce moment qu'ils sont passé devant une subaru de la gendarmerie qui a mis le gyro et les a coursés. Je les ai vus disparaître au loin alors que je me calais sur un petit 110, finalement tout va bien. Et toi, bien dormi ?
...
Ah.
15:09 Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : elle est folle, ça fait peur, au secours, sauvez-moi, en fait non
09 juillet 2009
La culture, c'est comme la période réfractaire
Ca s'agrandit avec l'âge.
Et c'est donc avec une curiosité non dénuée de crainte que j'ai plongé tête la première dans l'univers déjanté des films d'Elle. C'est vrai, quoi, on a tous des films cultes qu'on souhaite faire partager, des films qui nous ont fait rire ou pleurer, au message hautement provocateur, bassement intellectuel, moyennement ridicule.
Dans mon cas, c'est par exemple le fameux Mensonges & Trahisons avec Edouard Baer, dont j'ai déjà parlé quelque part dans ce blog. Toute fille qui ne l'apprécie pas n'est pas digne de rompre le pain avec moi le jeudi - on appelle ça une Cène de ménage.
Eh bien là, j'ai donc eu le plaisir de découvrir deux chefs d'oeuvres inégalés du cinéma, dont le titre même inspire le respect et fait frémir dans les chaumières, lorsque l'hiver est frisquet et que le mâle dominant n'a pas coupé assez de bois pour alimenter la cheminée ronflante qui crache ses flammes infernales dans un éblouissant dégagement d'étincelles synonymes de tendresse matrimoniale et d'étreintes malhabiles sur la peau de bête abattue la veille dans un moment de colère et à laquelle les entrailles sont toujours rattachées par manque de pratique dans le dépecage et puis merde, quoi, yavait une famille en or à la télé.
Comme je ne peux garder pour moi de tels trésors, c'est désormais vous qui allez en être les dépositaires et pourrez les transmettre à vos époux(ses), conjoint(e)s, amants ou maîtresses, annihilant du même coup tout espoir de descendance pour l'espèce humaine.
J'ai le plaisir de vous présenter:
Tarzoon, la honte de la jungle (ou l'histoire copulatoire d'un tarzan loser)
Mais aussi Kill Buljo (ou l'histoire copulatoire d'un Black Mamba loser)
Chérie, je t'aime.