16 août 2009
Reste à savoir si elle fait du vélo
Les grands-mères sont des sources d'amusement intarissables. Surtout quand, comme la mienne, elle est allemande et a 97 ans.
Mais attention, pas les 97 ans qu'on voit dans les maisons de retraite, avec le porridge qui dégouline lentement de la mâchoire figée pendant que la télévision reste irrémédiablement bloquée sur la chaîne nature & découverte et que les cartes de belote restent abandonnées en vrac dans un coin d'un secrétaire défoncé par la patine du temps et les excès des petits enfants.
Là, je vous parle d'une grand-mère qui a encore l'oeil vif et le poil soyeux. Elle marche encore bien avec sa canne, elle fait tous les jours des mots croisés, elle fait sa bouffe et vit seule dans sa maison sans autre aide qu'une femme de ménage. Elle se casse la gueule au moins une fois par semaine, pisse le sang de partout - et cicatrise. Ma grand-mère, c'est Stallone avec (un peu) moins de poils. Je suis incroyablement fier d'elle.
Et pourtant.
Et pourtant elle a aussi la désagréable habitude de dire exactement ce qu'elle pense, au moment où elle le pense, sans trop se soucier de la manière dont les gens vont le prendre. C'est assez amusant à regarder d'un oeil extérieur, mais un peu perturbant quand on est la cible de ses remarques insouciantes.
Quelques exemples:
A ma soeur: "Mais pourquoi tu veux te mettre à l'équitation ? Ca fait pas maigrir !"
A une ex que nous appellerons A pour les besoins de l'histoire: "A quoi ça sert de faire des études brillantes si c'est pour se retrouver lamentablement au chômage?"
A une ex que nous appellerons B pour les besoins de l'histoire: "Moi j'aimais bien A, elle était très intelligente. Mais toi tu es très gentille, c'est bien aussi".
...
Du coup, Elle attendait avec impatience de recevoir dans la gueule sa petite phrase. Elle a passé tout le voyage à se préparer au pire et se demander sur quoi le coup vache allait porter. Le physique ? La personnalité ? Le travail ? L'attitude ? Tout à la fois ?
Mais déception, il n'y a pas eu de massacre à la tronçonneuse. On a attendu, on a même un peu titillé, mais non. Grand-mère est restée douce comme un agneau.
Soit je suis tombé sur la bonne, soit Grand-mère se ramollit.
09 août 2009
Luc Besson n'a rien inventé
C'est dangereux de s'endormir au volant, je crois que tout le monde en est conscient. Mais jusque là, je pensais encore que dormir sur le siège passager ne provoquait pas d'autre risque qu'un léger torticolis au réveil - et de subir les goûts musicaux de sa partenaire en boucle.
Prenons hier, et le retour du fin fond du trou du cul des Vosges où Elle et moi avons passé une nuit (c'est vert, c'est beau, c'est humide, c'est vide). Cinq heures de bagnole, que nous avons réparties avec un sens de l'équité qui me surprend moi-même, 2h30 chacun. Comme la nuit précédente avait été plus ou moins blanche, nous étions crevés.
J'ai pris la première moitié, Elle a rabaissé son siège quasiment à l'horizontale, s'est endormie et s'est mise à ronflouiller comme une merde.
Bon.
2h30 se passent, je dois prendre de l'essence, on s'arrête, ça la réveille, on change de place et c'est à mon tour de m'endormir béatement pour quelques heures. J'ai confiance dans sa conduite, son sens du devoir, sa maîtrise de la route, sa prudence au volant, et je fais de beaux rêves.
Je n'aurais pas dû.
...
Au réveil, à deux pas de la maison, je la sens un peu stressée.
- Ca va, ça s'est bien passé ? Je lui demande, comme le mâle attentionné que je sais parfois être.
- Euh, ouais, pas trop mal.
- Pas d'ennui ?
- Non non, aucun...
- ...
- ...
- Bon en fait ya quand même eu un truc. A un moment, j'ai doublé une Golf 6 du 9-3 et ils l'ont mal pris. Du coup ils sont remonté à ma hauteur roue contre roue, ils ont ouvert la vitre et ils m'ont menacée. Alors forcément je leur ai fait un fuck et je ne sais pas pourquoi, ils l'ont mal pris aussi. Ils se sont rapprochés donc j'ai accéléré, et eux aussi, et finalement on s'est retrouvés à 190 sur l'A4. Ils m'ont coursé pare-choc contre pare-choc pendant un moment, j'ai réussi à me déporter, à freiner juste avant une courbe, ils m'ont dépassé pour essayer de se rabattre devant moi - et c'est à ce moment qu'ils sont passé devant une subaru de la gendarmerie qui a mis le gyro et les a coursés. Je les ai vus disparaître au loin alors que je me calais sur un petit 110, finalement tout va bien. Et toi, bien dormi ?
...
Ah.
15:09 Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : elle est folle, ça fait peur, au secours, sauvez-moi, en fait non
09 juillet 2009
La culture, c'est comme la période réfractaire
Ca s'agrandit avec l'âge.
Et c'est donc avec une curiosité non dénuée de crainte que j'ai plongé tête la première dans l'univers déjanté des films d'Elle. C'est vrai, quoi, on a tous des films cultes qu'on souhaite faire partager, des films qui nous ont fait rire ou pleurer, au message hautement provocateur, bassement intellectuel, moyennement ridicule.
Dans mon cas, c'est par exemple le fameux Mensonges & Trahisons avec Edouard Baer, dont j'ai déjà parlé quelque part dans ce blog. Toute fille qui ne l'apprécie pas n'est pas digne de rompre le pain avec moi le jeudi - on appelle ça une Cène de ménage.
Eh bien là, j'ai donc eu le plaisir de découvrir deux chefs d'oeuvres inégalés du cinéma, dont le titre même inspire le respect et fait frémir dans les chaumières, lorsque l'hiver est frisquet et que le mâle dominant n'a pas coupé assez de bois pour alimenter la cheminée ronflante qui crache ses flammes infernales dans un éblouissant dégagement d'étincelles synonymes de tendresse matrimoniale et d'étreintes malhabiles sur la peau de bête abattue la veille dans un moment de colère et à laquelle les entrailles sont toujours rattachées par manque de pratique dans le dépecage et puis merde, quoi, yavait une famille en or à la télé.
Comme je ne peux garder pour moi de tels trésors, c'est désormais vous qui allez en être les dépositaires et pourrez les transmettre à vos époux(ses), conjoint(e)s, amants ou maîtresses, annihilant du même coup tout espoir de descendance pour l'espèce humaine.
J'ai le plaisir de vous présenter:
Tarzoon, la honte de la jungle (ou l'histoire copulatoire d'un tarzan loser)
Mais aussi Kill Buljo (ou l'histoire copulatoire d'un Black Mamba loser)
Chérie, je t'aime.
22 juin 2009
On se fait Moët Moët et puis ça y est
- Nouveau boulot, meilleur salaire.
- Compromis de vente pour l'appart, grosse plus-value.
Il y a des moments où le monde tourne dans le bon sens et où le Moët est frappé avec tendresse et amour.*
* Ou le cubi de rouge, soyons économes.
14 juin 2009
La valeur n'attend pas le nombre des dents de lait
Ce week-end, c'était l'enterrement de vie de garçon d'un ami de plus de vingt ans. Vous savez, ces connaissances nouées au primaire et qui vous poursuivent jusque dans l'âge adulte malgré tous vos efforts pour vous en débarasser (sale bête !), ces amitiés qui résistent à tout.
Bon, ça ne veut pas dire que je serais prêt à lui donner un rein, mais on s'en rapproche.
Nous passons donc la journée en le déguisant de manière de plus en plus farfelue, avec des défis de plus en plus ridicules. Comme il ne s'agissait pas du vodka club, il n'y a pas eu d'alcool ni de sexualité alternative, mais plutôt des concours de pâté de sable, de cranium en pleine nature ou d'énigmes capillotractées. Quelques grammes de tendresse dans un monde de cuites.
Cependant, il y a quand même eu un moment d'une sensualité intense: habillé des pieds à la tête en costume de chien, il a dû demander une vingtaine de baisers (sur la joue, hein, restons sérieux) aux occupantes du parc de Reuilly dans lequel nous gambadions. Il ne se débrouillait pas si mal que ça, le fourbe, les grands-mères et les étudiantes ne résistaient pas au charme de sa truffe de labrador.
Jusqu'au moment où il s'approche d'une nappe de pique-nique avec un couple et ses jeunes enfants. La mère, sous le regard amusé du mari, se prête de bonne grâce au baiser sur la joue, puis se tourne vers sa petite fille - qui devait avoir quatre ans.
- A ton tour ma chérie, embrasse le gentil monsieur
- Nan !
- Tu sais, il faut juste l'embrasser sur la joue parce qu'il va se marier, c'est un jeu en fait
- Nan !
- Mais pourquoi tu ne veux pas ma puce ?
- Parce qu'il est pas beau !
...
Quatre ans, donc.