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28 janvier 2009
Trois fois par jour, une fois parents
Je vous parlais donc de présentation désastreuse aux parents, j'espère que vous commencez enfin à comprendre le concept. Pour ma part, après avoir passé une petite heure en boîte sur les conseils de Papy, j'ai commencé à me détendre et c'est l'esprit léger que je me suis couché à 5h du matin dans la chambre d'amis des beaux-parents.
- Je peux pas prendre une douche, là, vu l'odeur de vomi ?
- A cinq heures du mat ? T'es fou !
- Ben je fais quoi alors ?
- Tu dors.
Ok...
Seulement ça ne facilite pas le réveil, tout ça. Lorsque j'entrouvre un oeil vers les midi-midi et demie, ma première pensée reste que je vais pouvoir prouver à la belle-famille que je suis énergique, enjoué et sérieux.
Je regarde d'un oeil morne le manteau souillé qu'on a soigneusement replié dans un coin de la pièce, et le jean vaguement moucheté qui gît (avec un talent dans le gésir qui force le respect). La chemise, ça va, j'en ai une autre. Mais le pantalon ?
Elle se réveille, se passe la main dans les cheveux, grimace, analyse la situation.
"Boah on s'en fout, va déjà te laver, on avisera après"
"Je file sous la douche sans même dire bonjour à tes parents ?"
"Fais ce que tu veux mais bon..."
Alors j'ai fait ce que j'ai voulu, mais bon (en effet). J'ai débarqué dans le salon avec le jean sale et une mine contrite, en expliquant que voilà, ça me faisait super plaisir de les croiser, mais qu'en fait je filais sous la douche et qu'on allait attendre que je sois un peu présentable pour les introductions officielles.
Enfin, ça c'est ce que j'aurais aimé transmettre comme message. Ce qu'ils ont dû entendre, ça a plutôt été un truc du genre "ah ben... hum... héhé... beau temps pour la saison hein... ah ben Marseille c'est Marseille hein... allez l'OM tout ça... mistral forever... les calanques... hum... et si j'allais me doucher ?"
Un désastre.
Suivi d'un autre puisqu'évidemment, en sortant de la douche enfin propre, une serviette autour de mes reins sensuels, mes tablettes de chocolat à l'air et mes biceps ruisselants d'humidité, je n'avais toujours pas de pantalon à enfiler.
(Vous avez cru à cette description du corps ? Vous êtes naïfs).
J'envisage toutes les possibilités:
- garder la serviette pour les présentations
- demander subrepticement à Elle si son père aurait pas un truc à ma taille
- rester cloîtré toute la journée dans la salle de bains en pleurant approximativement un Kerviel de larmes (= 4 milliards).
- me pointer en boxer avec l'érection du matin (chagrin)
Au final, et ma dignité dusse-t-elle en souffrir, je me résigne à remettre le jean dégueulasse, au moins temporairement. Et je sors de la salle de bains pour le second round.
"Encore désolé pour le souci, je pense qu'Elle vous a raconté ce qu'il s'est passé" je fais de ma voix la plus gendre modèle.
"Putain, chéri, t'as pas besoin de faire le lèche-cul non plus !" qu'Elle me sort, l'autre connasse.
Han.
La mère cuisine, le père raconte des blagues, l'ambiance se détend, je me sens presque à l'aise malgré les traces indéfinissables (enfin, trop bien définissables) sur mon jean. Après toutes les histoires qu'elle avait raconté sur sa famille (et les pets caverneux de sa petite soeur), je m'attendais à voir des ogres, mais en fait ils sont presque normaux (sisi)
Je retiens notamment une blague parmi d'autres: "si Dieu est partout, quand tu pointes ton doigt en avant, tu risques de le lui mettre dans le cul".
...
J'adore, j'adhère.
Je profite d'une sortie au grand magasin du coin pour filer au rayon vêtements, histoire de m'acheter un jean et un manteau pour le week-en et enfin ne pas avoir l'air ridicule (ou froid... putain ça pèle Marseille quand ya du mistral).
On arrive devant les doudounes et les vestes, je me précipite avec bonheur vers ma future acquisition - et je pile net.

Sur tous les modèles (TOUS !!!! TOUS !!!!), il y a marqué en gros: OM - droit au but.
...
...
...
Ok, donc je veux bien claquer de l'argent dans un blouson pour survivre au week-end, mais si c'est pour me faire étriper à la sortie du train à Paris, c'est pas vraiment la peine, hein. Surtout qu'à côté de moi, Elle est morte de rire au lieu d'essayer de trouver une solution à mon dilemme. Je sais que quand le virage se met à chanter, c'est tout le stade qui va s'enflammer mais quand même, quoi, bordel, un pauvre blouson monoprix cousu par des petits enfants thailandais dans un sweat-shop de Phuket, c'est trop demander ?
Au final, je prends un jean Rika Lewis à 17€ et un pull informe à 15€, me voilà de nouveau avec un visage humain. Lorsqu'on retourne vers la belle-famille, je me sens presque en possession de mes moyens.
Ca, c'est avant qu'on se prenne une raclée mémorable au Trivial Pursuit (tout ça parce qu'on soufflait toutes les réponses à Papi pour qu'il ait une chance avec la fille qui jouait dans son équipe). Parfois, on est trop sympas. L'amour, c'est une question de camemberts.
Et puis le soir s'est doucement installé, et il faisait chaud à l'intérieur, et on était bien, et on digérait encore le repas pantagruélique de midi (fondue chinoise avec poulet/boeuf), et puis il fallait quand même s'habiller de son pull pourri et se lever pour sortir, parce que la nuit de samedi ne faisait que commencer.
Elle se tourne vers moi: "J'ai invité toutes mes copines pour les revoir ce soir, mais comme je fais un détour d'abord, tu peux y aller et les rejoindre au restau ?"
"Comment ça les rejoindre ?"
"Ouais, j'ai un peu merdé, je leur avais dit d'y être pour 20h30 sans faute"
"Et il est 21h..."
"Ouais"
"Et on a 30mn de trajet..."
"Ouais"
"En gros, tu veux que j'y aille d'abord pour me prendre les engueulades à ta place ?"
"T'as tout compris chéri".
Parfois, j'adore Elle.
23:33 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Commentaires
LaNe | 29 janvier 2009
Décidemment j'adore Marseille décrite par un Parisien... :)
Banjo | 29 janvier 2009
Sympa, joie, bonheur... Elle, on dirait moi au niveau retard. Ca doit être chiant à supporter quand même.
J'espère quand même que tu nous raconteras la rencontre des copines, ça devait être un grand moment d'aventure et d'émotion. (Et bizarrement, rencontrer les copines ça fait presque plus peur que les parents je trouve...)
Au fait... Tes commerciaux vont bien ?
arpenteur | 29 janvier 2009
Voilà un w-e magnifiquement raconté... Et terrifiant...
C'est décidé, je ne vais pas à Marseille... sans pantalon de secours
nonolerobot | 29 janvier 2009
vous vous êtes bien trouvé question retard tous les deux!
Alphonse Daudet | 29 janvier 2009
Excellent post, à la fois mignon tout plein, drôle, tolérant, amoureux, courageux et droit.
Ca faisait longtemps qu'on avait pas été aussi gaté.
J'ai tout de même une réserve: Pourquoi ne pas avoir nettoyé le vomi avant qu'il ne coagule ?
Grenouille, je crois que tu es vraiment un drôle d'oiseau.
Cui cui.
Alphonse Daudet | 29 janvier 2009
Excellent post, à la fois mignon tout plein, drôle, tolérant, amoureux, courageux et droit.
Ca faisait longtemps qu'on avait pas été aussi gaté.
J'ai tout de même une réserve: Pourquoi ne pas avoir nettoyé le vomi avant qu'il ne coagule ?
Grenouille, je crois que tu es vraiment un drôle d'oiseau.
Cui cui.
eva | 04 février 2009
ah les week end avec la belle famille, c'est toujours des grands moments, et je connais bien cet instant un peu génant ou tu te retrouves à choisir entre politesse avec mauvaise haleine, ou priorité à la salle de bain, donc moins poli, mais beaucoup plus propre
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