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11 juin 2007
Gare au gorille
Elle est affalée sur son fauteuil, en seconde classe évidemment. Ses traits sont fatigués, son écharpe se prend dans l'accoudoir, elle râle avant de la dégager d'un geste ample. Elle
est grande et mince, les yeux d'un bleu profond, les cheveux longs qui cascadent sur ses épaules.
Pendant tout le voyage, elle tente de se concentrer sur un quelconque livre de droit. J'essaie de jeter un oeil à la couverture pour déchiffrer le niveau, imaginer son âge. Elle peut avoir vingt ou trente ans, c'est difficile à dire, c'est le genre de personnes sans âge. Elle a un petit sourire mystérieux au bout de lèvres pulpeuses qui donnent envie de les mordre, si possible avec élan et sans défense.
Parfois, nos regards se croisent. Rien de bien encourageant. Elle détourne les yeux, ne sourit pas, ne recherche pas le contact. C'est vrai que je suis à l'autre bout du train. Ca ne facilite pas les choses mais quand même, il y a des précédents.
Je me demande si je dois l'aborder. Il y a trois heures de trajet, ça ferait passer le temps. Le seul souci, c'est qu'elle est à un emplacement de quatre et moi aussi. Difficile d'être discret. Profiter d'un passage en voiture-bar ? Oui, mais elle ne se lève pas. C'est dommage, je suis sûr qu'elle a de très belles jambes. Elle les a levées contre elles, dans la position de l'oeuf qui me rend fou. J'ai un sourire appréciateur (d'aucuns diront pervers) et cette fois-ci elle me le rend avant de reprendre ses cours.
Les minutes s'égrènent inexorablement (musique connue en arrière-plan). Elle ne bouge toujours pas. Elle ne me regarde pas. Je finis par prendre un magazine. Je lève les yeux une heure plus tard. Elle baisse les siens. Elle me regardait. Coïncidence ? Pas quand on a autant d'orgueil.
Sa main vient caresser une mèche de cheveux. Elle a un air fragile irrésistible. Elle se mordille les lèvres en réfléchissant. Cest touchant.
Le train arrive en gare, elle se lève en premier, descend en premier. Je la vois s'enfoncer dans la foule brumeuse des après-midis parisiens. C'est quand même con. Ca ne fait pas un bon épilogue. Qu'est-ce que je vais pouvoir raconter sur le blog ? J'allonge le pas. Dans mes bras, deux valises dont une, à moitié explosée, laisse échapper son contenu sur le sol. Je suis glamour.
"Bonjour" je fais avec entrain. "J'étais dans ton wagon, là, dans le train"
"Oui" répond-elle.
"...et je sais que j'ai l'air con avec ma valise qui fuit mais en vrai je suis vachement plus sympa, et je voulais savoir si tu as le temps de prendre un verre."
Un magazine se casse la gueule de mon sac, comme pour sceller le moment. Elle se marre.
"Je suis désolée, ça va être compliqué, là"
"Ca veut dire non, tu es moche et boutonneux et j'aime pas les valises pourries, ou bien non j'ai pas le temps mais une autre fois avec plaisir, voilà mon numéro ?"
Elle rigole de nouveau, me montre la main gauche.
"Ca veut dire non, je suis mariée depuis deux mois, c'est quand même un peu tôt pour les infidélités"
"Oh" je fais.
Et je la laisse s'éloigner, sa valise en bandoulière, la bague brillant bien en évidence à son annulaire. Mes affaires continuent à fuir sur le sol. J'ai l'air un peu con.
La vie est dure, gare de Lyon.
Pendant tout le voyage, elle tente de se concentrer sur un quelconque livre de droit. J'essaie de jeter un oeil à la couverture pour déchiffrer le niveau, imaginer son âge. Elle peut avoir vingt ou trente ans, c'est difficile à dire, c'est le genre de personnes sans âge. Elle a un petit sourire mystérieux au bout de lèvres pulpeuses qui donnent envie de les mordre, si possible avec élan et sans défense.
Parfois, nos regards se croisent. Rien de bien encourageant. Elle détourne les yeux, ne sourit pas, ne recherche pas le contact. C'est vrai que je suis à l'autre bout du train. Ca ne facilite pas les choses mais quand même, il y a des précédents.
Je me demande si je dois l'aborder. Il y a trois heures de trajet, ça ferait passer le temps. Le seul souci, c'est qu'elle est à un emplacement de quatre et moi aussi. Difficile d'être discret. Profiter d'un passage en voiture-bar ? Oui, mais elle ne se lève pas. C'est dommage, je suis sûr qu'elle a de très belles jambes. Elle les a levées contre elles, dans la position de l'oeuf qui me rend fou. J'ai un sourire appréciateur (d'aucuns diront pervers) et cette fois-ci elle me le rend avant de reprendre ses cours.
Les minutes s'égrènent inexorablement (musique connue en arrière-plan). Elle ne bouge toujours pas. Elle ne me regarde pas. Je finis par prendre un magazine. Je lève les yeux une heure plus tard. Elle baisse les siens. Elle me regardait. Coïncidence ? Pas quand on a autant d'orgueil.
Sa main vient caresser une mèche de cheveux. Elle a un air fragile irrésistible. Elle se mordille les lèvres en réfléchissant. Cest touchant.
Le train arrive en gare, elle se lève en premier, descend en premier. Je la vois s'enfoncer dans la foule brumeuse des après-midis parisiens. C'est quand même con. Ca ne fait pas un bon épilogue. Qu'est-ce que je vais pouvoir raconter sur le blog ? J'allonge le pas. Dans mes bras, deux valises dont une, à moitié explosée, laisse échapper son contenu sur le sol. Je suis glamour.
"Bonjour" je fais avec entrain. "J'étais dans ton wagon, là, dans le train"
"Oui" répond-elle.
"...et je sais que j'ai l'air con avec ma valise qui fuit mais en vrai je suis vachement plus sympa, et je voulais savoir si tu as le temps de prendre un verre."
Un magazine se casse la gueule de mon sac, comme pour sceller le moment. Elle se marre.
"Je suis désolée, ça va être compliqué, là"
"Ca veut dire non, tu es moche et boutonneux et j'aime pas les valises pourries, ou bien non j'ai pas le temps mais une autre fois avec plaisir, voilà mon numéro ?"
Elle rigole de nouveau, me montre la main gauche.
"Ca veut dire non, je suis mariée depuis deux mois, c'est quand même un peu tôt pour les infidélités"
"Oh" je fais.
Et je la laisse s'éloigner, sa valise en bandoulière, la bague brillant bien en évidence à son annulaire. Mes affaires continuent à fuir sur le sol. J'ai l'air un peu con.
La vie est dure, gare de Lyon.
15:00 | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
Commentaires
ororuK | 11 juin 2007
T'aurais eu bien plus de regrets si t'avais rien osé, non ?Et puis c'est une femme bien.
Gajal | 11 juin 2007
ah ben voila, y a pas que des connes dans le train ;-)allez, la prochaine c est la bonne :)
salammbo | 11 juin 2007
Grandeurs et décadences du grand grenouille!!Toujours aussi jouissif....de te lire.Courage, un jour ça sera la bonne.
Chipolata | 11 juin 2007
Prendre des rateaux avec élégance, ce n'est pas donné à tout le monde :)
E. | 11 juin 2007
Merde j'étais gare du Lyon hier soir pour raccompagner un copain et j'ai loupé ça...J'aime beaucoup sa réponse en tout cas... :)
Paquette | 11 juin 2007
Lol, pas de chance ^^ Mais c'est super comment t'as raconté ça...
PruNelle | 11 juin 2007
Si elle est mariée, ça veut dire qu'elle est sûrement trop vieille pour toi !!!! voire qu'elle aurait plus de 24 ans ouh la !!!!
Olga | 11 juin 2007
Avec le titre, je m'attendais à une autre chute... Vu la remarque sur les jambes, je craignais un problème épilatoire sérieux... hehe
mistral | 11 juin 2007
Est-ce que c'était vraiment un non...
Joyce | 12 juin 2007
reviens plus tard ;) elle a juste dit que c'était un peu "tot" pour les infidelités ! Tu as peut etre une chance..... sur le lon terme :)
La môme | 12 juin 2007
*grand éclat de rire* Je t'imagine bien en fait...
jackolantern | 12 juin 2007
Moi, je note quand même qu'elle a dit qu'il était un peu tôt pour les infidélités. Cela donne quand même une ouverture pour plus tard. Elle était intéressée du coup... Ok, je sors...
Johanna | 12 juin 2007
"un peu tôt pour les infidélités", c'est donc bien que ça peut s'envisager plus tard...la semaine prochaine? elle a esquivé, non pas simplement un verre anodin en terrasse avec un garçon bourré d'humour et de charmes, ce qui ne représente pas grand chose de répréhensible, mais bien l'éventualité d'une relation adultère précoce...elle y viendra...;-)Alors sois heureux, tu aurais eu tes chances avec ce beau brin de fille intelligente, touchante et top classe!
lili l'amazone | 12 juin 2007
pauvre ptit nounou...
Minimoi | 12 juin 2007
Une étudiante mariée ?! ouahou...
sab' | 12 juin 2007
j'adore !c'est écrit avec humour.Un bon suspence... qui finit par un rateau d'or ! :dbonne journée !
Vince | 12 juin 2007
C'est un peu tôt , ca veut dire attends encore quelques mois pis si on se revoit on verra bien ce qui se passe...
minilola | 13 juin 2007
Argh... en effet, ça jette un froid certain ^-^
Maya | 15 juin 2007
Mare aux morilles...i..i..illes...Mmmmmm... je viens à peine de goûter ce blog que déjà je me régale.J'en reprendrai bien une cuisse. Eh bien oui Côa!Bon, je sens que je vais m'inscrire en fac de droit, m'offrir un abonnement cenecefe et apprendre le roulé de cheveux et mordillage de lèvres.J'ai déjà la bague...A bientôt de te lire.Rainette
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