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08 septembre 2006
Anna Galvanisée
Bon, je teste le chapitre un pour voir.
Pour ceux qui n'aiment pas, rassurez-vous, il y aura le retour d'articles normaux ^^
Un peu de lumière.
Un bruit de tonnerre.
Un parfum dans l’air.
Je me réveille, ouvre un œil, tourne sur le côté. J’ai désespérément mal au crâne, et du mal à rassembler mes pensées. A mes pieds, une bouteille de vodka vide. Sur la table, de la manzana glacée. Vide aussi. Je n’essaie même pas de compter les canettes de bière sur le sol. Ca ne m’a jamais réussi. Je me lève péniblement – tout tourne, j’ai vaguement envie de vomir.
- Ca va mieux ? Fini de ronfler ?
Je me retourne brutalement. La pièce tourne sur elle-même et je m’affale sur le canapé-lit. Je n’ai même pas pris la peine de le défaire la nuit dernière. En face de moi, Bernard est en train de préparer un café serré. Il a l’air désespérément en forme - je l’entends siffloter quelques mesures de Men in Black. Ce gars-là n’est pas humain. Il a bu trois fois plus que moi, et il n’en garde pas la moindre trace. Pendant que j’essaie de rassembler mes pensées, il surveille tranquillement l’eau en train de bouillir. Et puis la question, innocente.
- Bon, tu veux faire quoi au sujet de Véro ?
- Ben…
Bernard revient avec son café. Il n’en a pas fait pour moi, le salaud. Je me traîne péniblement dans la cuisine pour m’occuper de ma propre tasse. Il s’assied confortablement à la place que je viens de libérer.
- Hier tu t’es effondré tellement vite qu’on n’a pas eu le temps d’en parler. Mais maintenant que ça va mieux, on va peut-être en discuter, non ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Maintenant que ça va mieux ? Il en a de belles, le Bernard, je me sens au bord de la syncope. Je jette un œil au réveil. Les chiffres rouges clignotants me ramènent à la réalité : 8h du matin.
- On en parlera une autre fois, là faut que j’aille au boulot.
- Dans cet état ? (Bernard ricane). Tu te ferais virer dans la minute. T’es pas en état de tenir un costard-cravate là. Et puis j’ai pris la liberté de les appeler et de leur dire que tu étais malade. Ils ont été super compréhensifs.
Je me tourne machinalement vers le téléphone.
- Tu les as appelés ? Tu n’avais pas le numéro
- Trouvé sur les Pages Jaunes
- Mais je n’ai rien entendu…
- Tu ronflais comme une vieille loque
C’est difficile de discuter avec Bernard. Il a réponse à tout, il se mêle de tout, et il semble toujours penser qu’on lui doit des remerciements. Ou alors c’est un gars formidable, et j’ai de la chance d’être son ami. J’ai du mal à me décider ce matin. Rapport au mal de crâne.
- Et ils n’ont pas fait de commentaires, alors ?
Il éclate de rire.
- Je pense qu’ils croient que tu es homo, maintenant. Ca va vite, les rumeurs dans les petites boîtes. Mais bon, au moins tu vas pouvoir te reposer aujourd’hui.
- Super, marmonné-je.
Mon café a assez refroidi pour que j’y trempe mes lèvres. Comme d’habitude, le liquide me donne un coup de fouet immédiat. Paraît que ce n’est pas possible, que ça n’agit pas instantanément, que c’est un effet placebo. Ouais. En attendant, ça me fait du bien et c’est l’essentiel. Les brumes s’effilochent peu à peu dans mon cerveau. J’ai la gueule de bois, je suis nouvellement célibataire, et j’ai une journée de repos.
- Je pense que je vais me recoucher
- Et moi je pense que tu vas me parler un peu. C’est vrai, quoi, je sacrifie mes stocks d’alcool pour toi, je te materne, mais j’aimerais quand même savoir le fin mot de l’histoire. Pourquoi elle s’est barrée, la Véro ? Il me semblait qu’elle tenait pas mal à toi, non ?
- Non…
Est-ce que c’est une bonne idée de tout raconter à Bernard ? Il est journaliste, enfin, apprenti journaliste, et il fait feu de tout bois. Mon histoire, pour lui, ce serait du pain-bénit. J’imagine déjà les gros titres dans les journaux, la première page avec une photo d’un gars en train de ronfler, la bave aux lèvres : « Abandonné pour ses performances sexuelles ! », sous-titre : « Une enquête au cœur de l’absence de stupre et de luxure ! », sous-sous titre : « Un voisin témoigne : d’après lui, il n’entendait jamais rien malgré la minceur des murs ! ».
Heureusement, Bernard n’écrit que pour un magazine de la Nuit Parisienne, qui n’a pas grand-chose à faire de ce genre de scandale. Mais ça ne me donne pas plus envie de parler. Raconter l’épisode d’hier, c’est revivre l’humiliation en direct – et puis c’est admettre que les choses se sont réellement passées et que je suis désormais seul.
- Bon, t’as quelque chose à bouffer dans ton frigo pendant que je t’écoute ?
Pire qu’une nuée de sauterelles, le Bernard. Il a déjà attrapé mes restes de poulet, un vieux tube de mayonnaise, de la haarissa, et il se prépare à faire frire un cordon bleu. Ne riez pas, je sais que je ne mange pas équilibré. Mais se faire un mélange comme ça… je me sens pris de nausée, et je doute que c’est l’alcool. Pour faire diversion, je commence à parler.
- Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’est fini, c’est fini. Elle m’a largué comme une merde.
Il m’observe, impavide, le morceau de poulet à la main.
- Il devait bien y avoir une raison, non ? Connaissant les filles, un truc ridicule. Tu avais oublié son anniversaire ? Sa fête ? Le bichonnage de son chat ?
Je hausse les épaules.
- D’une certaine manière, ça s’approche plutôt de ta dernière proposition
- D’une certaine manière… tu es pédant, mon gars, et ça ne te réussit pas. C’est une question de chat, alors ?
- Plutôt de chatte…
Il rigole. Je lui parle du drame de ma vie, je lui avoue à demi-mots mes insuffisances, et il rigole. Le pilon de poulet tremblote dans ses mains alors qu’il se marre.
- Bah alors, qu’est-ce que tu as fait ? Enfin qu’est-ce que tu n’as pas fait ?
- Ca va, ça va…
Je suis embarassé, et il le comprend. Ca fait plaisir, parfois, de réaliser qu’il peut avoir du tact.
- Bon. On s’en fout. Toute fille qui se barre pour quelque chose comme ça est stupide et ne te mérite pas. Prochain objectif : te trouver quelqu’un de bien
- C’est un peu important, en même temps, non ?
J’ai un besoin désespéré d’être rassuré. Il le fait à sa manière.
- Bien sûr que c’est important mais on s’en fout, c’est comme tout, ça s’apprend. La fille bien qu’on te trouvera, elle t’apprendra. Si elle tient à toi, elle te le montrera
- Oh
- Eh ouais, c’est ça la vie. Bon, tu t’habilles et on va t’en trouver une ?
Je reste les bras ballants. Lui ne se laisse pas démonter et termine la mayonnaise avec appétit.
- Quoi, maintenant ?
- Il n’y a pas de meilleur moment. Les filles se rendent au bureau, tu vas adorer
- Mais…
- Prends une douche quand même, tu n’as pas l’air très frais.
15:00 Publié dans batracien | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
Commentaires
gé | 08 septembre 2006
je préfère cet extrait-ci à l'extrait d'hier - je te trouve meilleur dans les dialogues, hier l'écriture ne 'coulait' pas assez, un peu trop heurtée.
Je pense que ce qui pêchait hier, c'était surtout le rythme. Trop saccadé ou pas équilibré ?
En tout cas, keep up the good work, c'est courageux de s'exposer comme ça !
Lila | 08 septembre 2006
Une petite remarque: je crois qu'il y a un pb de temps entre les deux extraits. dans l'un tu écris au passé et dans l'autre au présent. ou alors j'ai pas suivi... et dans ce cas je vais me coucher!!
anon | 08 septembre 2006
pareil que le premier commentaire. y'a du y avoir du boulot (juste pour savoir, c'est retouché par rapport à hier, ou pas ?)mais c'est plus harmonieux, le style, le rythme, la longueur des phrases... est ce que ça a un rapport quelconque avec une autobiographie ;-) ?
anonymous | 08 septembre 2006
oui c'est beaucoup mieux , sauf que tu as laissé de côté une chose essentielle, et dont tu es pourtant coutumier : toujours terminer son chapître en laissant le lecteur sur sa faim ... du suspens! du suspens !
passe une bonne soirée!
PimPim | 08 septembre 2006
Pour ceusse qui n'ont pas forcément compris les remarques que j'ai pu faire hier : ce n'était pas de la critique pour enfoncer Grenouille, mais plus pour l'encourager à travailler encore j'étais sûre qu'il pouvait faire mieux.Comme ce second extrait par exemple.Continue, t'es sur la bonne voie
rouchambelle | 08 septembre 2006
un mélange de nora roberts, helen fielding et marc lévy.mais pour homme
anonymous | 09 septembre 2006
Didier Decoin junior !
Tili | 09 septembre 2006
Juste bravo.Très bien écrit . Frais, vivant, prenant.
En bref, c'est fin, très fin, ça se mange sans faim...
J'en reprendrai bien d'ailleurs.
la grande Loulou | 09 septembre 2006
C'est pas mal du tout comme début. Il semble que tu aies prévu une suite, non ?Une lectrice silencieuse jusqu'ici
Mme ProutProut | 09 septembre 2006
idem: c'est plus sympa à lire que celui d'avant! donc si tu suis ce rythme, ça va être de mieux en mieux!
et j'en remets une couche niveau orthographe, vu que je m'en suis pris plein la figure ;) : "marmonné-je"??? :p
Lm | 09 septembre 2006
Je vois vraiment pas ce qu'il y a d'extraordinaire. Moi je trouve ca fade. Les articles sont plus interessants.
fifi | 09 septembre 2006
Ben pour l'instant, je peux pas me prononcer, faut voir la suite de l'évènement (on peut pas trop juger sur deux chapitres^^). Mais c'est bien, il faut avoir l'audace de se lancer dans l'écriture!
MiniM | 10 septembre 2006
On ne dit pas "et je doute que c’est l’alcool" mais "et je doute que ce soit l’alcool".Ceci dit, j'aime bien :o)
Syed Drazen Amador Salazar | 11 septembre 2006
Ca se laisse lire sympathiquement.
Le seul défault à mon gout, c'est le côté "la véro, le Bernard". On attend impatiement l'arrivée du Dédé et de mon Gérard qui vont entrer dans l'histoire en faisant "Alors ma couille !!!"
Ca donne un côté chauffeur poids lourd, enfin c'est comme ça que ça sonne dans ma tete en tout cas. A moins que ce soit juste l'accent titi parigo?
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